7 070 000 résultats (0,16 s)
Sélection sur 200 photographies
2026
Quand la maison de mon enfance brûle dans un incendie en 2021, plusieurs articles de presse paraissent quelques heures plus tard sur internet. Certains journalistes me contactent. D’autres, sans demander l’autorisation, diffusent des photographies de la maison, détruite, fumante, les pompiers encore sur les lieux. Ce dévoilement non consenti d’une partie de mon intimité engendre, quelques années plus tard, le projet de long court 7 070 000 résultats (0,16 s). Tapez « maison incendie » sur le moteur de recherche Google. Vous trouverez des milliers, voire des millions de résultats, qui s’actualisent tous les jours de nouveaux articles et de nouvelles images, et ce n’est que pour la partie francophone de la recherche. Le jour de la première enquête, 7 millions 70 milles résultats se présentent sur Google. Cette pièce engage une reflexion sur ce voyeurisme journalistique, qui se déploie au prix d’une violente exposition, au pire moment possible pour les individus touchés.
Dans les journaux, les maisons sont prises en photo depuis la rue. Mais souvent, les flammes ont mis à nu les organes de la maison. Les murs tombent, les portes fondent, l’intérieur, autrefois caché à la vue, est visible. Il s’expose malgré lui, malgré les habitants, qui ne peuvent plus contenir l’intimité de leur foyer. En les prenant en photo, les journalistes mettent au jour cette intimité, autrefois cachée. Ils l’exposent, au monde, plutôt que seulement aux voisins ou aux passants.
Les couleurs des images sont altérées pour obtenir un simulacre de photographie thermique. La facticité du processus impulse un contrôle entier sur le rendu, ce qui produit une inversion des attendus de la caméra thermique. Le feu, ses flammes et ses fumées, qui, habituellement, apparaitraient rouges sur une caméra thermique, sont ici bleus. Les flammes détruisent ce qui est censé protéger ses habitant. Il met à nu les secrets, il éclate le seuil entre le monde privé et le monde collectif. En le refroidissant, le foyer se réchauffe et il retrouve l’intimité perdue. L’objet brûlé, la maison, qui, une fois refroidie, ressortirait bleue, est rouge. Les codes couleurs s’inversent. Les flammes, refroidies, transfèrent leur chaleur. L’intérieur du foyer, après avoir été exposé aux intempéries, à la pluie, au vent et au voyeurisme des journalistes, et couplé au flou gaussien, devient rouge. Il absorbe l’énergie brûlante de l’incendie. Il retrouve une intime chaleur protectrice. L’ancien foyer de la maison redevient le foyer du feu, mais un feu défenseur. Et les vestiges de sa destruction se parent d’une aura protectrice qui les préserve de l’exhibitionnisme auquel ils sont soumis.