En résonance avec un incendie domestique dévastateur, je sonde la plasticité de la combustion et de ce qui entoure son foyer par le prisme du vestige et du matériau. En les appréhendant comme des éléments de la révélation plutôt que de la destruction, dont elles sont le témoin sensible, mon travail s’étend à des problématiques socio-environnementale actuelles. Des rejets polluants de nos moteurs à combustion interne aux feux de forêt d’origine anthropique, chaque vestige matériaulogique s’entend comme le microcosme d’une mémoire collective à vif.

Errant toujours dans les décombres, dans la fumée et dans la chaleur d’une flamme maintenant éteinte, mon travail s’attache à rejouer et à étendre la combustion au-delà de l’expérience personnelle. En partant de la puissance d’agir du matériau, qu’il soit un vestige direct du feu ou qu’il soit extrait de l’environnement qui l’entoure, je pense et je panse l’impact des feux sur nos quotidiens.

Mes œuvres prennent la forme d’empreintes de carbone noir projeté, de dessins à la suie récoltée sur des lieux incendiés ou d’un travail de l’image d’archive par son détournement sensible. Par des déplacements, des changements d’échelles, des repositionnements, tant de la matière que de l’image, je réattribue à des objets empreints d’affect une nouvelle portée plastique et sémantique.

Là, la matière brûlée devient matériau.

Nuées ardentes carbonées, suies déposées sur mobilier, environnements hantés de bois brûlés, images tissées par les cieux, la chaleur d’une carbonisation sensible se heurte à la fertilité des réminiscences d’un brasier toujours omniprésent.

Une question subsiste : comment révéler quand il ne reste que l’absence ?

Séphora Manuel, 2025