À la suite d’un incendie qui ravage ma maison d’enfance en 2021, je sonde la plasticité de l’après-feu et de ce qui entoure son foyer. J’appréhende ses vestiges comme des éléments de la révélation plutôt que de la destruction, dont elles sont le témoin sensible. Des rejets polluants de nos moteurs à combustion interne aux feux de forêt d’origine anthropique, j’étend cet événement intime à des problématiques socio-environnementale actuelles. Chaque vestige matériologique s’entend alors comme le microcosme d’une mémoire collective à vif.
Errant toujours dans les décombres, dans la fumée et dans la chaleur d’une flamme maintenant éteinte, mon travail s’attache à penser la combustion au-delà de mon expérience personnelle. En partant de la puissance d’agir du matériau, qu’il soit un vestige direct du feu ou qu’il soit extrait de l’environnement qui l’entoure, je pense et je panse l’impact des feux sur nos quotidiens.
Mes pièces prennent la forme d’empreintes de carbone noir projeté, de dessins à la suie récoltée sur des lieux incendiés ou d’un travail de l’image d’archive par son détournement sensible. Par des déplacements, des changements d’échelles, des repositionnements, tant de la matière que de l’image, je réattribue à des objets empreints d’affect une nouvelle portée plastique et sémantique.
Là, la matière brûlée devient matériau.
Nuées ardentes carbonées, suies déposées sur mobilier, environnements hantés de bois brûlés, images tissées par les lueurs des cieux, la chaleur d’une carbonisation sensible se heurte à la fertilité des réminiscences d’un brasier toujours omniprésent.
Séphora Manuel, 2026